

Initiale du titre rehaussée d’un visage de profil, dans une calligraphie proche de celle de Pierre et Guillaume Le Rouge.

Le cercle amical et humaniste de l’abbaye de La Fontaine-le-Comte, en Poitou, que fréquentait le jeune Rabelais.
La chronique, articulée en quatre parties, s’étend jusqu’aux Grands Jours de Poitiers de 1519.
Elle est précédée d’un titre, de prologues et d’épitres dédicatoires, qui témoignent de la vie intellectuelle et de la sociabilité, qui animaient le cercle humaniste et amical de l’abbaye de La Fontaine-le-Comte, en Poitou, sous l’abbatiat de l’abbé Antoine Ardillon.
Jean Bouchet y côtoyait les jeunes poètes Nicolas Petit (1497-1532), originaire de Normandie, Jean Quintin (1500-1561), d’Autun, et François Rabelais lors de son séjour poitevin. La page de titre s’ouvre en effet sur des distiques du poète néo-latin Nicolas Petit ( » Nicolai Parvi Bellosanensis ad Aquitanos disticon « ). Ces pièces poétiques sont signées de sa devise « Spe labor levis. »
Suit une longue épitre dédicatoire en vers à Frère Anthoine Ardillon, l’abbé de la Fontaine-Le-Comte. Le prologue est dédié au protecteur de Jean Bouchet, Louis de la Trémoille, (1460 – Pavie, février 1525), vicomte de Thouars, « Admiral de Guyenne et Bretagne, gouverneur et lieutenant général de Bourgongne.« , dont Jean Bouchet publiera le panégyrique en 1527.
L’éloge de Jean Quintin ( » Johannes Quintinus Heduus« ), en prose latine, suit une table des matières détaillée.




» J’ay ouy dire en ma jeunesse… » – le passage de Jeanne d’Arc à Poitiers.
» J’ay ouy dire en ma jeunesse de lan mil.cccc.iiii.xx.vii [1487] à feu Cristoffe du peira[n]t lors demeurant à Poictiers près de ma maison qui avoit près de cent ans et en madicte maison y avoit hostellerie où pendoit l’enseigne de la roze où la dite Jehanne estoit logée et quil la veit monter à cheval toute armée à blanc pour aller audit lieudorlea[n]s et me montra une petite pierre qui est au coing de la rue sainct Estienne où elle print advantage pour monter sur son cheval « ….
L’ouvrage de Jean Bouchet (Poitiers, 1476 – 1557) s’inscrit dans la tradition des grands chroniqueurs de l’histoire de France; mais il inaugure également « la méthode historique moderne par l’attention aux sources régionales de préférence aux compilations » (Régis Rech).
La quatrième partie, équivalente aux trois premières par la pagination, s’étend du couronnement de Saint Louis à l’année 1519.
C’est dans cette partie que se trouve un long développement sur Jeanne d’Arc (règne de Charles VII, (ff. XXXII verso – XXXIV verso), où Jean Bouchet évoque ses souvenirs de jeunesse.

Une très rare édition non datée, comparable à celle originale de 1524 et à la seconde de 1525.
Les Annales d’Aquitaine sont l’ouvrage majeur de Jean Bouchet.
La première édition, imprimée à Poitiers par Enguilbert de Marnef et Jacques Bouchet, date de 1524. Elle est « extrêmement rare » (Brunet, suppl., 161).
La deuxième édition « nouvellement corrigée« , imprimée à Poitiers par les mêmes, est du mois de mars 1525.
Notre exemplaire (Brunet, Suppl., ibid.) correspond à l’impression sans nom d’imprimeur, sans date et sans lieu, de cette deuxième édition, « que l’on croit être de Poitiers et de 1525, l’une des rares premières éditions de ce livre » (cf. note de l’abbé de la Mauvinière, 1845-1915, dans son exemplaire donné à la bibliothèque de Poitiers).
Auguste de La Bouralière dans « L’imprimerie et la librairie à Poitiers pendant le XVIe siècle, Poitiers, 1900 » précise : » Cette édition ne contient pas sur le titre et au 2ème feuillet préliminaire les bois gravés des éditions de 1524 et 1525, mais à part ces détails, elle a avec celles-ci les plus grandes ressemblances ; elle a été imprimée avec les mêmes caractères et on doit sans crainte l’attribuer à Jacques Bouchet. Comme dans l’édition de 1525, l’errata de la première édition a été supprimée et les fautes ont été corrigées « .
Reste à s’interroger sur la destination de cette édition. Etait-elle destinée au marché anglais, via les héritiers d’Antoine Vérard ou de la maison Marnef ?

Condition.
Bouchet, Jean (1476-1557). Les Annalles Dacquitaine faitz & gestes en sommaire des roys de France et Dangleterre et des pays de Naples et de Milan. Nouvellement corrigees avec aucunes additions de la duche de Bourgongne & co[m]te de Flandres.. s.n., s.l. [Poitiers] – s.d. [1525],
Petit in-folio (20 x 27,5), caractères gothiques, reliure de plein maroquin noir janséniste moderne, signée en bas du premier contreplat « Bound by Sangorski & Sutcliffe London« , dos à cinq nerfs, titre et auteur dorés, « Poictiers » doré en queue, filet doré sur les coupes, contreplats encadrés d’un bandeau de maroquin noir orné de deux filets dorés, tranches marbrées, [12], 72 ff., 79 ff.
Signatures : [fleur de lys] 6 [pied de mouche] 6, A-M6, AA-MM6, NN4, OO3. Titre rouge et noir. Initiale grand L noire du titre rouge rehaussée d’un visage de profil, dans une calligraphie proche de celle de Pierre et Guillaume Le Rouge (Danse macabre, Mer des hystoires, Traytle of good lyung and good deung, Kalendar of Schyppars, cf. Bull. Soc. Hist. de l’Yonne, 1895, vol. 49, p. 177, ou initiale identique in Guevara, Antonio de. Livre doré de Marc Aurèle empereur et eloquent orateur traduict du vulgaire castillan en francoys par R.B. sieur de la Grise, Paris, Galliot du Pré, 1531).
Paris, Galliot du Pré, 1531.).
Très belle reliure d’une maison londonienne réputée, typographie élégante, papier » lavé » semble-t-il, tache brune en marge du fol. L de la quatrième partie, deux déchirures sans perte de texte au folio LXXIII de la quatrième partie, deux lignes manuscrites en cursives de l’époque au verso du dernier feuillet blanc.
Très bel exemplaire. Rare.
(Bibliothèque de Poitiers et de Niort, BNF, Bayerische Staatsbibliothek de Münich).
6 000,00 € contact@librairiehistoireetsociete.com
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